Le rapport dominé/dominant, et si l'on avait tout faux? (partie 1)



Voilà une expression qui est bien trop utilisée dans le monde des chevaux, le rapport dominé/dominant entre chevaux, un prétexte bien trop utilisé par les cavaliers… « Il faut lui montrer qui est le boss ». Ce rapport de force que l’homme impose au cheval, un animal pourtant bien plus fort et grand que lui, ne lui laissant aucun droit d’expression ou de discussion. Voilà le problème, on veut être le boss et non pas le leader! Un leader s’engage comme les « dirigés » dans le processus! Il travaille en équipe, demande l’avis des autres et les écoutes, parfois il concède, parfois non. Mais l’autre a le droit d’exprimer son opinion sans se faire réprimander comme le ferait un « boss ». Le « boss » dicte les règles, dicte ce que le subordonné doit faire, n’écoute personne, regarde les autres faire le travail et s’attend à ce qu’on lui obéisse à la lettre.



Et puis voilà, quand on dit que le rapport dominant/dominé n’est pas si exceptionnel et indispensable que ça, on se fait dire que c’est comme ça que ça marche entre chevaux. Oui… Mais non, pas exactement… Plus les recherches avancent, plus on se rend compte que c’est bien plus que cela. La hiérarchie entre chevaux n’est pas coulée dans le béton, j’ai personnellement vu des chevaux plus bas dans la hiérarchie se retrouver tout en haut lors de l’introduction d’un nouveau cheval, profitant de ce petit chamboulement pour changer de position. Ou encore des juments qui se collent à tous les mâles de la place lorsqu’elles sont en chaleurs alors que normalement, elles ne les tolèrent pas du tout. Et même lorsque le rang est bien connu, il est quand même difficile de prévoir les réactions et interactions entre les chevaux, même pour des éthologues chevronnés. 



 Il faut également prendre en considération qu’il n’y a pas qu’un seul « dominant » dans les hardes sauvages, l’étalon joue son rôle (protection principalement) et certaines juments en joue un autre(diriger les activités du harem). Plus les études avancent sur l’éthologie équine, plus on se rend compte que la hiérarchie n’est pas un rapport « dominant/dominé » autant qu’on le croyait à la base, on préfère même parler d’ordre social. Les gens se servent souvent de cette excuse pour bousculer, forcer, voire brutaliser les chevaux. Bien entendu, il arrive que les chevaux se tapent entre eux, cependant, cela arrive après une série d’avertissements ou lorsqu’un cheval en bouscule un autre par exemple… Pas parce que le cheval n’a pas voulu tourner à droite lorsqu’on lui a demandé! Il y a une différence pour le cheval entre: « respecte mon espace » et « tu ne veux pas sauter cet obstacle, tu mérites une correction, car c’est moi qui mène ». En général, lorsque les chevaux finissent par taper ou mordent, ils ne le font qu’une fois… Par 3 ou 4 (il arrive, très rarement, d’assister à des altercations plus intenses et violentes, mais elles sont très rares). Cette agression est en général de forte intensité, mais de très courte durée. « De très courte durée », beaucoup ont du mal avec cet aspect…



 L’ordre social entre les chevaux sert principalement à éviter la bagarre, tout le monde à son rang et le respecte en général, cela évite la chamaille et c’est souvent lorsqu’un nouveau venu tente de changer son rang que la bagarre éclate. Il est assez rare que les chevaux en arrivent aux coups… Bien souvent, on assiste plus à des « menaces de » ou de légères morsures. 



Les chevaux savent où vont leurs pattes et savent lorsqu'ils peuvent toucher ou pas.

Dans tous les cas, ce n’est jamais parce qu’un cheval n’a pas voulu faire un joli déplacement latéral ou se déplacer à droite plutôt qu’à gauche, qu’un autre le mord… Il faut arrêter de se servir de cette excuse pour recourir à la violence. Bien entendu, un manque sévère de respect, voire un acte dangereux, peut justifier une défense de notre part, il ne faut pas non plus les laisser nous piler dessus ou nous morde. Mais personnellement, je ne crois pas qu’un baril ou une pole tombé mérite un coup de mord dans les dents ou un coup d’éperon dans les côtes. Si nous devons en arriver à toucher le cheval de façon un peu plus sèche (je n’aime pas dire coup, connotation trop agressive et souvent ponctuée de plusieurs coups et non pas d’une seule petite tape sèche), il sera important que cet acte soit justifié et équilibré selon la réponse que nous a offerte le cheval. Parce que oui, parfois, il faut en venir à une phase 4 un peu plus convaincante si un cheval ignore totalement les demandes précédentes (il faut éviter de le désensibiliser), pour le réveiller un peu en mode « hey! Ho! Je suis encore là! ». Mais la phase 4 vient au bout d’une série de demandes où l'on a laissé le temps au cheval de réfléchir et où on lui a donné une chance de trouver la solution. Mais certain « dorment au gaz » comme on dit par chez moi, il faut les réveiller un petit peu et hop on retourne dans la légèreté et dans les phases plus délicates. Comme je l’ai déjà dit avant… Une question de dosage et d’équilibre.



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