Le contrôle, cette obsession sournoise

Mis à jour : avr. 5

Le contrôle, cette petite chose qui prend tellement de place dans nos vies. Cette chose dont nous sommes incapables de nous passer. Ce contrôle qui nous rend souvent de moins bons êtres humains, de moins beaux êtres humains, dans toutes les sphères de nos vies. Mais cette obsession du contrôle que nous avons est spécialement toxique lorsqu’on travaille avec des animaux. Elle empoisonne bien souvent notre relation avec ces derniers, spécialement chez les chevaux. Elle détériore notre équitation, notre ressenti et altère bien souvent notre jugement dans l’entrainement. L’être humain en est un de contrôle, nous aimons contrôler tout ce qui nous arrive et nous avons bien du mal à nous abandonner, à quelqu’un d’autre ou à certaines situations, en acceptant que l’autre ait aussi du contrôle sur ce qui se passe entre nous. Perdre le contrôle, c’est risquer; risquer sur un animal de plus de 1000 livres; qui peut nous blesser ou même, nous tuer. Alors on comprend quand même le fait qu’on soit si obsessif du contrôle… Mais pourtant… c’est dans le laisser-aller que la magie opère.





Il faut comprendre que l’équitation comporte des risques, des risques bien réels, qui ne sont pas sans conséquence. Chaque année, nous entendons des nouvelles de cavaliers ayant subi des accidents graves, les laissant marqués à vie, ou même sans vie. Il faut connaitre les risques pour bien les accepter et il faut également savoir de quelles façons diminuer ces mêmes risques. Combien de cavaliers cherchent le contrôle absolu par des mors sévères, mais ne portent pas de bombe? Un peu ironique comme comportement. Parce qu’au final, il faut le savoir, nous n’avons jamais réellement le contrôle; mieux vaut prévenir que guérir. Je ne mets jamais assez d’emphase sur le fait que nous ne devrions JAMAIS négliger le port de la bombe. Elle a déjà sauvé la vie (et les fonctions cognitives) de beaucoup de cavalier et je n’arrive toujours pas à comprendre pour quelles raisons on néglige encore son port (a noter que lorsque j'étais jeune je n'en portais pas, mais c'était avant qu'on sache tout ce que l'on sait aujourd'hui).





Ceci étant dit, continuons dans notre sujet principal; le contrôle. Beaucoup de cavaliers cherchent le contrôle par le l’équipement contraignant ou encore sévère : martingale, tie-down, mors à levier, mors à effet de toute sorte, éperon, cravache, enrênement, technique d’entrainement aversive basé sur la dominance et la force, etc. La recherche de contrôle et la peur de le perdre sont ce qui amène beaucoup de cavaliers vers la violence. De la violence psychologique et bien souvent physique. Les chevaux font souvent face à des violences incroyables parce que leurs cavaliers ont peur de perdre le contrôle et sont incapables d’accepter qu’ils travaillent avec du vivant. Travailler avec du vivant, c’est accepter qu’on ne puisse pas entièrement contrôler l’autre et décider de tout. C’est aussi accepter que l’autre ait des besoins et des émotions qui doivent être prises en compte. Mais bien des gens refusent catégoriquement cela et préfèrent travailler dans la violence et la soumission de l’autre… Ce qui mènera a un animal mort à l’intérieur ou qui finira par causer une rébellion de l’animal et donc une perte de contrôle monumentale (et accessoirement, plus de violence ou encore un envoie a l’abattoir).


Comme discuté dans un précédent article (https://hippi-que-et-co.wixsite.com/hippi-que-et-co/post/pas-de-mors-pas-de-freins), le vrai contrôle n’est pas physique, mais bien mental. Lorsqu’on contrôle par la force ou la douleur, il arrivera toujours, à un moment ou à un autre, quelque chose de plus fort que cette douleur et le contrôle sera perdu. Comme nous aurons basé notre relation sur la dominance et la peur, on aura une sacrée perte de contrôle. Le cheval ne nous faisant pas confiance, une fois le contrôle perdu, il sera difficile de le retrouver et de faire comprendre à l’animal que tout va bien. J’ai pour mon dire qu’avec les chevaux, le moins on utilise d’artifices et de gadget, le mieux ça ira. En entrainement, je suis une puriste, si je ne peux pas y arriver avec le minimum de matériel requis (exit les enrênements, mors à effet et autre cochonnerie), c’est que je dois travailler sur mes compétences de cavalières.





La meilleure façon d’avoir le plus de contrôle possible (parce que le contrôle absolu n’existe pas) c’est de construire une relation basée sur la confiance et le lâcher-prise. En effet, laisser du contrôle au cheval sur la relation qu’on entretient avec lui est plus que bénéfique. Il apprendra l’autogestion de ses émotions, ce qui est une façon de rendre nos coopérations 100 fois plus sécuritaires. Il lui sera également plus facile de se détendre. En effet, si nous lui lâchons un peu la bride (sans faire de mauvais jeux de mots douteux), nous relâchons une grande partie de la tension que nous lui infligeons, ce qui, au final, lui permettra de se détendre. Si nous sommes crispés dans sa bouche, a toujours tirer à la moindre accélération, à vouloir gérer le moindre de ses mouvements, nous lui créons énormément de tensions, de stress et de frustration. Nous devons rechercher la détente émotionnelle, la détente mentale, c’est la seule façon d’avoir de la sécurité à cheval. Un animal calme, qui sait gérer ses émotions, qui a appris à examiner l’objet de sa peur plutôt que de la fuir, sera un animal 100 fois plus sécuritaire que celui qu’on tente de contrôler par la force, mais qui est tendu comme une corde d’arc. Ce dernier est toujours prêt à exploser à tout moment. C’est comme un autocuiseur, la pression s’accumule jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus et ça explose… Et pas à peu près!


J’ai moi-même expérimenté les deux, pour bien des gens, lorsque je leur dis que je suis très anxieuse, c’est une surprise, ça ne parait pas. Et si je vous disais que Sonara est également (ou plutôt était, lorsqu’elle était jeune) très anxieuse, réactive et même, explosive. Le tout ne parait pas de l’extérieur, surtout pas aujourd’hui, car nous avons une merveilleuse relation basée sur la confiance mutuelle. Je lui fais confiance à 200%, et je pense qu’elle aussi. Mais cela n’a pas toujours été le cas. J’ai, comme beaucoup de gens, tenté de contrôler Sonara avec mes mains. Même sans mors, et en étant plutôt dans le côté « éthologique » du monde du cheval, on peut faire cette erreur. J’étais crispé dans mes mains, je tentais de toujours la ralentir, je gardais donc une tension quasi constante, ce qui me rendait aussi crispé dans mon assiette. Sonara était donc tout aussi crispé et avait tendance à finir par exploser en attaque de panique. C’était frustrant pour moi (et pour elle) en plus de ne pas aider à se faire confiance et à monter dans le plaisir (plaisir pour elle aussi! Chose dont beaucoup de gens ne tiennent pas compte).





À un moment, j’ai fini par me dire qu’il serait plus logique de me détendre, pour la détendre. De la laisser aller, de lâcher du leste, pour lui permettre d’expérimenter et de se rendre compte, elle-même, que c’était plus amusant dans la détente et qu'on avait plus a se battre l'une contre l'autre. Ça m’a demandé beaucoup d’effort au début, c’est assez contre-intuitif d’avoir un cheval qui chauffe a l’obstacle et de simplement rester passager, sans rien faire et de le laisser aller. Mais ça a fonctionné! Après quelques moments chauds, elle a fini par se détendre d’une façon que je n’avais expérimentée. La laisser trotter de tout son soul, en étant un simple passager, et en intervenant simplement lorsqu’elle changeait d’allure ou si je la sentais beaucoup trop allumée. À ce moment, on retournait simplement au pas, on respirait un bon coup et on recommençait. Mais exit la tension constante, les mains crispées, l’assiette figée et la respiration coupée! Parfois encore, je la sens partir comme une flèche, je dois encore penser, respire un bon coup, détends-toi, zen, douceur, redresse-toi, ancre-toi… Chaque fois, ça fonctionne! Lorsque ce que l'on fait ne donne jamais de résultats, il faut essayer autre chose. C'est ce qui est arrivé, j'ai eu un déclic, tirer ne donnait jamais de résultats, et même, ça devenait pire. Alors, comme le disait si bien Einstein: La folie, c'est de toujours faire la même chose et de s'attendre à un résultat différent.





L’énergie que l’on dégage influence le contrôle beaucoup plus que le mors ou les enrênements que l'on peut utiliser. La seule chose qui nous donnera du contrôle, c’est de lâcher du leste, de faire un vrai travail de fond sur notre relation avec notre cheval, s’il n’écoute pas votre main, c’est peut-être parce qu’elle est trop dure? Inconstante? Que personne ne lui a vraiment expliqué comme il faut? Qu’il ne comprend pas pourquoi on lui demande de stopper alors que la jambe lui dit de continuer. La base, c’est une grande oubliée du monde équin, on veut aller vite et prendre les raccourcis pour arriver à destination, parce que la base c'est plate... Mais si on ne doit pas lésiner sur UNE chose, c’est bien sur la base; une fondation solide est la seule chose qui peut faire tenir une relation saine et sécuritaire. Un animal qui sait gérer ses émotions, qui sait ce qu’on attend de lui, qui a confiance en son cavalier et à qui on donne du pouvoir sur sa propre existence est un animal sécuritaire et un partenaire sans égal. J’ai monté avec et sans mors, j’ai perdu le contrôle de mon cheval avec et sans mors, je n’ai vu aucune différence, que ce soit avec un ou l’autre! Chaque fois, c’est la relation que j’ai bâtie avec chacune de mes juments qui a vraiment fait la différence. J’aimerais finir en vous disant que les gens qui montent sans bride (en cordelette) ont pourtant le contrôle de leur animal, le cheval ou le cavalier n’est pas un surdoué, ils ont simplement travaillé les bases comme ils le devaient, ce qui les a apportés a un niveau de communication supérieur.


Dernièrement, le FEI a annoncé vouloir bannir le sans-mors de la phase de cross country des événements de concours complet. La FEI recule. C’est totalement aberrant qu’après toutes ces années, personne n’ai encore compris. Nombre de cavaliers avec mors perdent le contrôle de leur animal… on ne blâme pas le mors utilisé lorsque ça arrive, mais lorsque ça arrive avec un cavalier qui monte sans mors, on blâme tout de suite le sans-mors pour cela. Trouvez l’erreur… Un jour, peut-être, plus de gens comprendront enfin que le contrôle ne vient pas du physique et que ce dernier n’est qu’une notion qui n’est jamais absolue.





Le mot de la fin : Si vous voulez avoir le contrôle absolu sur tout, laissez tomber les chevaux et achetez vous une moto!

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