La récompense, ce démon des temps modernes

Mis à jour : avr. 5

Lorsque j’indique que j’utilise la récompense et le clicker, la plupart des gens me regardent drôlement... soit ils ne savent pas ce que c’est, mais ne sont pas assez intéressés pour se renseigner, soit ils ne sont pas vraiment en accord avec l’usage de la récompense. La récompense est franchement mal aimée parmi le monde des chevaux, mais même avec les chiens et les chats, on a plutôt tendance à utiliser la punition positive (P+) que le renforcement positif (R+). Chez les chevaux, la méthode classique est un mélange de renforcement négatif (R-) et de P+. La récompense (R+) est pourtant un outil incroyable qui rend le travail plus rapide, plus amusant et plus participatif pour tout le monde. Mais pourtant la plupart des gens la rejettent pour diverses raisons. Il y a de nombreux mythes et préjugés face à l’usage de la friandise et nous allons en discuter ici avec mon avis sur le sujet.




Les chevaux se mettent à faire les poches Vrai, si la friandise n’a pas été ajoutée correctement dans le travail => faux, si le protocole de mise en place a été bien suivi. En effet, on ne peut pas simplement commencer le clicker et l’ajout de R+ n’importe comment. Comme toute technique de travail, il y a des règles de base importante à suivre et instaurer avec notre compagnon à 4 pattes.

Premièrement, il faut donner une valeur au clicker, à la base, cette chose ne veut absolument rien dire pour l’animal. Il faut l’associer à la récompense… Click => bonbon, le son doit être immédiatement (je veux dire vraiment immédiatement) suivi de la récompense. Il faut répéter cela quelques fois avant de pouvoir commencer à travailler avec le clicker. Lorsque l’animal entend le son et cherche déjà la nourriture, c’est que l’association click/nourriture est bien intégrée. Le travail peut alors commencer.

Le premier exercice à faire avec votre cheval dès que l’association clicker/nourriture est faite, c’est de lui apprendre que le nez dans la pochette à bonbon ne lui offrira jamais de nourriture. La plupart des gens auront tendance à physiquement pousser le cheval de la pochette, mais en fait, il faut simplement attendre en plaçant le bras sur l’ouverture (cela l’empêchera d’accéder à la nourriture). Le cheval va probablement travailler très fort pour pousser votre bras et avoir accès à la nourriture. Soyez patient. À un moment, un bruit ou un mouvement attirera son attention et votre cheval va déplacer sa tête de votre espace. C’est exactement à ce moment que vous clickez et récompensez. Il va alors remettre son nez dans la pochette, et le processus recommence. En peu de temps, votre cheval comprendra qu’avoir sa tête loin de la pochette est ce qui lui apportera la nourriture. Croyez-moi ça fonctionne !!




C’est tricher, le cheval ne le fait pas pour nous faire plaisir Faux, désoler de ruiner votre vie, mais votre cheval ne fait rien pour « vous faire plaisir », il le fait plutôt pour éviter et se soustraire à la pression que vous lui infligez (R-), aussi légère soit-elle. Alors pourquoi ne pas lui procurer du plaisir à lui aussi! Soyons sincère, la plupart du temps, votre cheval serait beaucoup plus heureux de rester au pré avec ses potes que de travailler... intégrer une forme de récompense pour lui dans le travail est un excellent moyen de le motiver à offrir plus, car il reçoit en retour. De plus, il trouvera lui aussi son compte dans le travail. Normalement nous sommes ceux qui prennent le plus de plaisir dans l’histoire et je trouve important que le cheval y trouve son compte aussi !

Ce que je fais fonctionne, pourquoi changer ? Par simple éthique => les techniques actuelles utilisent la pression comme motivation et le retrait de la pression comme « récompense ». Un stimulus aversif, parfois TRÈS aversif est utilisé afin que le cheval veuille s’y soustraire et fasse donc ce que l’on veut. Expliqué de la sorte c’est franchement moins sympa... J’en entends déjà dire « oui, mais moi je ne frappe pas mes chevaux et je les respecte ». Peut-être, mais vous tirez dans sa bouche pour le stopper, et vous utilisez vos jambes pour le faire avancer. Bien qu’il est plutôt impossible de travailler les chevaux sans R-, car même les plus légères demandes du mors ou des jambes restent tout de même des pressions, il est possible de rendre les choses plus agréables et moins aversives. Pourquoi ne pas lui proposer des choix et lui indiquer que le bon choix lui apporte de la nourriture, du repos ou des gratouilles à des endroits très spécifiques (garrot par exemple). En laissant à l’animal le choix, il comprend qu’il a du contrôle sur son environnement (ce qui peut faire une grande différence avec les chevaux anxieux). Il apprend à réfléchir et résoudre des problèmes et apprend à prendre part à l’entrainement (et souvent avec beaucoup de plaisir). Certains chevaux sont tellement tenus et microdirigés qu’une fois les rênes lâches ils sont totalement perdus et deviennent nerveux, car ils plus personne ne leur dit quoi faire.

Même si quelque chose « fonctionne », ça ne veut pas dire que c’est la meilleure méthode pour y arriver ! L’évolution ne devrait jamais être par besoin, mais plutôt par logique, parce que nous sommes une espèce intelligente qui évolue, tout simplement. Les méthodes actuelles « fonctionnent », mais combien de fois je vois les chevaux se plier aux demandes, mais de façon négative ? Souvent ! Des chevaux avec les oreilles tapées, qui démontrent des signes clairs d’irritations, qui se dérobent au travail, qui sont tendues comme des strings, etc. Ne serait-ce pas mieux de trouver une méthode qui rend tout le monde plus heureux ?




Mise en garde Certaines mises en garde sont importantes pour éviter des problèmes ou des déceptions avec la récompense. Il y a, comme dans toute méthode, des règles importantes à respecter.

Retrait de la récompense : À un moment, il faut retirer la récompense (pour certaines commandes, mais pas forcément pour tout). On ne peut simplement passer de récompense à pas de récompense, cela créerait beaucoup de frustration et pourrait aller même jusqu’à des problèmes d’agression. Il faut faire le tout de façon progressive => on en donne à toutes les bonnes réponses, puis à 1 sur 2, puis à une sur 3, etc. jusqu’à la retirer complètement. Pour certains comportements, comme les tours, je préfère ne jamais entièrement les retirer. Et je vais donc en donner de façon aléatoire pour que le cheval ait toujours envie de performer le tour parce qu’il est possible qu’il rassoie sa récompense.



Récompenser au bon moment et avec la bonne attitude Il est important de récompenser l’animal pour les bons comportements seulement. Il faut récompenser lors des bonnes actions, mais il est important de faire attention à l’attitude du cheval. Si ce dernier à une attitude agressive, on ne doit pas la récompenser. S’il cherche à nous marcher dessus, nous pousser, etc. il est important de lui faire comprendre que cette attitude ne lui apportera rien. Si vous n’êtes pas à l’aise, il est préférable de finir la séance et de recommencer plus tard ou de se diriger vers un endroit plus sécuritaire => par exemple mettre votre cheval dans un box et rester à l’extérieur pour le travailler. Ainsi, vous êtes hors d’atteinte et protégé en cas d’agression.




Toujours finir sur une bonne note ? On a souvent tendance à penser cela, c’est vrai d’une certaine façon, mais il faut faire attention à ce que le cheval nous dit. S’il ne veut vraiment pas performer ce que l’on demande, est-ce vraiment un manque de coopération ? ou se pourrait-il que ce soit nous qui sommes trop exigeants ? Y avez-vous déjà pensé ? peut-être avons-nous demandé trop, trop vite ? Baissez vos exigences afin de finir sur une réelle bonne note et pas sur un abandon du cheval. Parfois ils font ce que l’on ne demande pas par envie, mais par abandon. Ce qui à mon avis n’est pas du tout une bonne façon d’obtenir un résultat.

J’aimerais également préciser que parfois, les choses vont tellement mal qu’il est préférable d’arrêter immédiatement que de continuer dans cette optique. Parfois, tout le monde est dans un mauvais état d’esprit… Vous et votre cheval, dans ce cas, il est préférable de simplement stopper et reprendre un autre jour. Finir sur une bonne note n’est pas toujours ce qu’il faut faire, il faut parfois savoir s’adapter.

Le timming Le plus important est d’avoir le bon timming. Il faut être précis dans les « click » pour récompenser les bons comportements, parfois un petit manque de timming peut carrément nous faire clicker un mauvais comportement et donc récompenser un mauvais comportement. En faisant cela, vous allez donc enseigner des comportements que vous ne désirez pas et vous allez vous demander pourquoi ils sont apparus. Sachez ce que vous désirez enseigner et soyez précis afin d’éviter les mauvaises surprises.




Alors voilà, beaucoup de personnes trouvent la récompense presque démoniaque ! Et pourtant, c’est un outil exceptionnel qui permet des progressions rapides et importantes. C’est également une excellente motivation pour le cheval qui peut lui aussi trouver quelque chose de très plaisant dans le travail. Bien que l’usage de la récompense peut en effet causer quelques problèmes, il est facile de les prévenir grâce à des bases très simples à instaurer. Comme toute technique, il est important de ne pas en faire usage de n’importe quelle façon et commencer son usage sans réellement savoir ce que l’on fait peut être problématique, mais c’est le cas de toutes techniques de travail. Pour ma part, c’est simplement une question « d’éthique », j’aime que ma jument soit récompensée pour ses efforts et elle me rend cette attention en m’offrant plus. Elle semble également beaucoup plus motivée dans le travail, elle semble plus heureuse et plus enjouée. Comme si elle avait hâte de bien faire la prochaine demande, car elle sait qu’elle aura de la nourriture. De plus, avec des chevaux plutôt nerveux, cela fait une très grande différence. Comme le clicker est très précis et est clicker au moment exact où la bonne réponse est effectuée, le cheval comprend avec précision ce qui est attendu de lui. Ce qui a pour effet de calmer les chevaux plus nerveux. Comme ils comprennent rapidement et bien ce qu’ils doivent faire, ils sont bien plus détendus.




PS: Si un cheval refuse de manger ou prend la nourriture sans la mâcher (il ne fait que la stocker dans sa bouche), cela indique que l’animal est dans un grand état de stress. Il sera donc important de diminuer nos attentes et de retirer l’animal de cette situation de stress. Un animal dans cet état de stress ne pourra pas réfléchir (son système est en mode réaction et non pas en mode réflexion), il ne pourra donc rien apprendre de toute façon.

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