L’obésité du cheval moderne: une révision

L’obésité du cheval moderne: une révision

Introduction

Dans les pays industrialisés d’aujourd’hui, les chevaux, tout comme les gens, ont tendance à faire plus d’embonpoint qu’autrefois. Les chevaux ne sont plus utilisés pour travailler de longues heures dans les champs ou pour transporter toute la petite famille. Aujourd’hui, les équidés sont plutôt des animaux de compagnies, tout comme les chiens et les chats, mis à part le fait qu’on ne peut les faire dormir sur notre lit. Certains chevaux sont encore utilisés à des fins commerciales, comme avec les animaux de compétition, mais la plupart des chevaux sont en fait des animaux de compagnies utilisés à des fins de loisir. Ceci, ajouté au fait que les chevaux d’aujourd’hui ne sont plus hébergés dans les conditions précaires de leur ancêtre, a créé un nouveau problème : l’obésité. De plus en plus de chevaux de nos jours sont gardés sur une routine d’exercice légère à modérer (parfois même simplement en entretient et ne travaille pas) et ont accès à un fourrage de qualité toute l’année, même en hiver. Comme ils sont aujourd’hui des compagnons plutôt qu’un outil de travail, les chevaux ont accès à des soins de première qualité et à beaucoup d’amour, un amour parfois malsain. En effet, ils sont souvent trop nourris par amour. Il est important de comprendre ce problème parce qu’il peut avoir un impact très important sur la santé des chevaux. Pour comprendre le problème nous devons en comprendre tous les aspects : qu’est-ce qu’un cheval obèse, comment déceler l’obésité, comment bien évaluer un état de chair, quelles sont les causes de l’obésité, quelles en sont les conséquences, comment gérer le problème de façon saine et efficace, savoir ce qu’est un poids sain et finalement savoir quoi faire une fois le poids sain atteint. Comprendre tout cela permettra de mieux comprendre, gérer ou éviter l’obésité. Ce problème étant sérieux et de plus en plus fréquent, il sera très important de le prévenir afin d’éviter les conséquences néfastes sur la santé des chevaux.


Qu’est-ce que l’obésité et comment la décelé ?

Pour s’assurer de bien comprendre l’obésité, il faut s’assurer de connaitre ses composantes. La plupart des propriétaires de chevaux ont tendance à sous-estimer le poids et la condition de chair de leurs chevaux. La plupart considèrent leurs chevaux en état de chair optimale alors qu’ils sont gras et considèrent comme légèrement gras des chevaux obèses. Il est donc très important d’apprendre à faire une évaluation objective du poids de son cheval. Par définition le mot obèse veut dire : très gras, corpulent (Canadian Oxford Dictionary, 2014). Un cheval obèse aura des dépôts de gras partout sur son corps. Il y a plusieurs façons d’évaluer l’état de chair et la condition corporelle d’un cheval : la charte d’état de chair, la charte de dépôt de gras de l’encolure ainsi que la formule d’estimation du poids. Pour un meilleur résultat, tous ces outils peuvent être utilisés pour évaluer la condition globale du cheval.

État de chair

L’état de chair (Body condition scoring en anglais (BCS)) est probablement l’outil le plus utilisé afin d’évaluer la condition de chair d’un cheval. Il existe deux chartes d’état de chair : celle en 9 points et celle en 5 points (Cavanagh and Turnan, 2014). La plus utilisée est celle de Henneke et al. (1983). Elle classifie l’état de chair des chevaux en 9 catégories : émacié (1), très maigre (2), maigre (3), modérément maigre (4), modéré (5), légèrement gras (6), gras (7), très gras/obèse (8), extrêmement gras/obèse (9) (NRC, 2015). Pour plus de détails, vous référez à la figure 1 ci-dessous.


Figure 1 body scoring charts of Henneke et al. 1983

Pour évaluer la cote de chair, 6 points précis sur le corps du cheval sont utilisés : l’encolure, le garrot, les reins, la naissance de la queue, les côtes et l’épaule (figure 2 ci-dessous). Ces régions sont promptes au dépôt de gras et sont appelées « fat pads » en anglais, ce qui pourrait se traduire par plaque/dépôt de gras (Cavanagh and Ternan, 2014).


Figure 2: the 6 points of fat deposits source:http://hher.webs.com/neglectstarvation.htm

La personne qui procède à l’évaluation devra faire attention de n’évaluer que le gras et non pas la musculature (Cavanagh and Ternan, 2014). Certaines races sont plutôt promptes à faire une très grande masse musculaire qui pourrait ressembler à du gras, mais qui ne l’est pas.

Gras de crête d’encolure



Appelée “cresty neck” en anglais (CNS), l’évaluation de la crête d’encolure consiste à évaluer le dépôt de gras tout le long de cette dernière. Cette charte est plutôt nouvelle dans le monde équestre. Des recherches ont démontré une corrélation entre une crête d’encolure très grasse et un déséquilibre hormonal (Silva et al. 2015). Le BCS est un excellent outil pour évaluer l’état de chair d’un cheval et la CNS est un excellent outil pour évaluer les risques de troubles métaboliques (Silva et al. 2015, Frank, 2011). Par contre, le CNS ne devrait pas être utilisé seul. Certaines races comme les PRE ou les chevaux canadiens sont prompts à développer des dépôts de gras d’encolure sans pour autant être très obèses. Il est également à noter que les étalons peuvent aussi avoir une certaine prédisposition à en développer. Cet outil seul n’est donc pas recommandé pour évaluer l’état de chair d’un cheval.

Les dépôts de gras d’encolure sont considérés comme une réserve de gras à long terme, qui peut être utilisé en cas de privation de nourriture. Certaines évidences démontrent que la crête de gras pourrait grossir ou diminuer selon les changements métaboliques saisonniers des chevaux (Giles et al. 2015). Le CNS est un excellent outil qui peut permettre de mieux évaluer les prédispositions de certains chevaux à développer des problèmes métaboliques. Cela permettra d’identifier et de surveiller les chevaux plus à risque et ainsi de permettre à son propriétaire de réduire au maximum les facteurs de risques de SME (syndrome métabolique équin).

Afin d’aider à la compréhension, la figure 3 ci-dessous illustre la CNS. Un dépôt de gras excédant 3 demande plus d’attention, car c’est la limite au-dessus de laquelle les chevaux sont plus à risque de SME et de fourbure (Giles et al. 2015).


Figure 3 CNS, Carter, et al. Chart, 2009


Formule de poids

Cet outil ne sera pas aussi utile pour évaluer si le cheval fait de l’embonpoint ou non ; comme les humains, les chevaux auront un poids idéal différent dépendamment de leur ossature, leur taille, leur race, etc. Estimer le poids du cheval sera utile pour deux points en particulier : calculer la ration quotidienne et garder une trace des variations du poids (mieux évaluer les gains ou les pertes de poids). Il existe deux formules afin d’estimer le poids d’un cheval : tour de sangle + la mesure de la pointe de l’épaule à la pointe de la hanche et le tour de sangle + la mesure de la pointe de l’épaule au à la pointe de la fesse (Cavanagh and Ternan, 2014). Ces formules sont faites pour les chevaux, les poneys et les chevaux de trait et sont disponibles en centimètres ou en pouces. Les chevaux miniatures ont, quant à eux, leur propre formule. Comme les centimètres sont plus faciles à utiliser que les pouces, c’est ce qui sera utilisé ici pour les formules.


Figure 4 How to take measurements

Formule cheval (en cm):

Poids (PD) en Kg +/- 10% =  ((tour de sangle²)* longueur à la pointe de la fesse)/11880 ou ((tour de sangle²)* Longueur à la pointe de hanche)/8717

Formule pour mini (en pouce): PD en livre +/- 5% = (9,36 x tour de sangle) + (5,10 x longueur) – 348,53

** Ces formules ne sont pas destinées à être utilisées avec les juments pleines et les poulains (Cavanagh and Ternan, 2014).

Pour garder un bon suivi des variations de poids chez un cheval, assurez-vous de toujours prendre les mesures aux mêmes endroits et avec le même ruban à mesurer, toutes variations pourraient entrainer des données erronées. Par exemple, ne mesurez pas un jour à la base du garrot et le suivant sur le dessus du garrot, le changement de mesure ne serait dû qu’au cm ajouté par le garrot et non par un réel changement de poids.

Qu’est-ce qui peut causer l’obésité ?

Suralimentation

Une des causes les plus évidentes et les plus répandues de l’obésité est la suralimentation. La suralimentation veut dire : offrir trop de nourriture (souvent à volonté) ou offrir des aliments trop riches (trop calorique). La plupart des chevaux, de nos jours, ne dépensent pas autant ou plus de calories qu’ils ingèrent (Shea Porr and Crandell, 2008, Loving, 2009). Lorsqu’un cheval consomme plus d’énergie qu’il en a besoin, le corps va commencer à emmagasiner l’excès de calories sous forme de gras (NRC, 2015). La plupart des propriétaires ont tendance à donner des aliments à haute teneur énergétique (comme des grains et des concentrés) qui contiennent souvent un haut taux d’amidon. Les aliments à haute teneur en sucre comme l’amidon sont faciles à digérer, le corps a rapidement accès à ces types de sucres. Ces sucres simples (hydrate de carbone non structural) sont faciles à briser une fois dans le petit intestin comparativement aux hydrates de carbone structuraux (ceux contenus dans le fourrage) qui demandent plus de travail et de temps à briser une fois dans le gros intestin (NRC, 2015). Comme ils sont une source facile et rapide d’énergie, ces aliments sucrés produisent rapidement un pic glycémique important. Ils sont d’ailleurs beaucoup trop énergétiques pour la majorité des chevaux de loisirs (Johnson et al. 2012). De plus, les chevaux ont maintenant accès à des pâturages de qualité qui sont souvent plus nutritifs et riches qu’ils n’en ont besoin, excédant souvent leurs besoins en énergie et en protéines (NRC, 2015). Beaucoup de chevaux qui sont au pâturage toute la journée souffrent souvent d’obésité puisqu’ils ont accès à de l’herbe de qualité à volonté. Les chevaux ont, à l’origine, évolué pour se nourrir de pâturage pauvre (Shea Porr and Crandell, 2008), ceci peut expliquer pourquoi il y a de plus en plus de chevaux souffrant d’obésité et de fourbure de nos jours.

En plus d’avoir accès à de la nourriture abondante et calorique, les chevaux ne bougent souvent plus assez. En effet, ils sont souvent hébergés dans des espaces restreints où ils n’ont pas beaucoup d’espace pour se déplacer et ils vivent souvent dans un environnement hypo stimulant. Ceci peut causer de l’ennui et lorsqu’ils s’ennuient, les chevaux peuvent manger bien plus qu’ils n’en ont besoin (Loving, 2009). Mais comme ils n’ont rien de mieux à faire, ils vont manger même s’ils n’ont plus faim. Lorsque les chevaux sont hébergés dans des environnements plus stimulants (non seulement physiquement, mais psychologiquement), ils peuvent passer plus de temps à faire d’autres activités que manger (plus de détails dans la section gestion).



Manque d’exercice

Un autre facteur très important dans la hausse de l’obésité chez le cheval est un manque très important d’exercice. Les chevaux ont évolué en tant que grande proie herbivore. Afin d’assurer leur sécurité, les chevaux se déplacent constamment pour trouver leur nourriture, de l’eau et éviter les prédateurs. Ils peuvent se déplacer sur plusieurs kilomètres dans une journée (Shea Porr and Crandell, 2008). Dans la nature, les équidés sont en constant déplacement, en captivité, c’est toute autre chose. La nourriture leur ait offerte dans une mangeoire, dans un box ou un petit enclos. L’eau, la nourriture et l’abri ne sont jamais bien loin un de l’autre, ce qui ne les encourage pas du tout à se déplacer. N’ayant plus besoin de se déplacer par survie, les chevaux, tous comme leur cavalier d’ailleurs, sont de plus en plus sédentaires. De plus, certains ont encore moins de possibilités d’exercice étant gardé en box toute la journée et ne sont sortis qu’une heure par jour, en général, pour être entrainés et/ou pour être mis au paddock pour quelques heures seulement. Ces chevaux reçoivent de la nourriture de grande qualité, mais sans grande possibilité (ou volonté) de bouger de façon volontaire (NRC, 2015). Comme la plupart d’entre eux sont des chevaux utilisés pour le loisir, ils ne reçoivent bien souvent pas un entrainement régulier et très intense.

Génétique

Certains chevaux / races ont des prédispositions génétiques à développer l’embonpoint. Ce n’est pas un gène particulier qui les rend obèses, c’est plutôt la façon dont leur code génétique a évolué dans le temps pour faire face à l’environnement dans lequel ils se sont développés qui les prédispose à l’obésité. La plupart des races qui sont prédisposées à l’embonpoint (poney et chevaux) ont bien souvent évolué dans des climats arides, avec des hivers assez difficiles ou avec des étés particulièrement secs, rendant la nourriture moins abondante. Par temps de grand froid, les besoins en énergie des chevaux augmentent de 2,5% à chaque degré en dessous de -15°C (Cavanagh and Ternan, 2014). Puisqu’une telle augmentation en apport nutritif n’était pas toujours possible à l’époque, les chevaux qui étaient plus rustiques et qui étaient meilleurs pour faire des réserves de gras étaient ceux qui avaient de meilleures chances de survie et qui étaient également les plus utiles à la ferme. Le même genre de principe serait applicable pour les chevaux confrontés aux sécheresses : la nourriture était moins disponible et moins nutritive. Il est également à noter que les juments ayant un mauvais état de chair (sous 5) étaient moins fertiles et avaient donc moins de chance de porter un poulain à terme (Cavanagh and Ternan, 2014, NRC, 2015). Les juments ayant plus de gras avaient donc plus de chance de porter un poulain à terme et donc de lui transmettre cette génétique favorable à leur survie dans les conditions de l’époque. C’est probablement pourquoi certaines races ont une forte tendance à l’obésité (même s’ils sont peu nourris): les géniteurs fondateurs de la race étaient probablement une bande « d’easy-keeper » (des chevaux qui entreposent facilement le gras).

Les chevaux qui étaient résistants à l’insuline étaient également avantagés dans ces types de climats (Treiber et al., 2006) puisque cette condition est possiblement reliée à certains gènes de « rusticité » ou « d’économie d’énergie » (Kaczmarek et al., 2016). La résistance à l’insuline pouvait favoriser les chevaux porteurs à une certaine époque puisqu’elles leur permettaient de faire de meilleure  réserve de graisse pour l’hiver.

Le cheval canadien, le poney shetland et le poney welsh sont quelques-unes des nombreuses races rustiques qui pourraient posséder ce type de génétique.

Syndrome métabolique équine (SME)

Le SME pourrait être placé autant dans les causes que dans les conséquences de l’obésité. Cette affection est plutôt comme un cercle vicieux : les chevaux obèses sont plus prompts à développer le SME et les chevaux étant SME sont plus prompts à devenir obèses (Loving, 2009). Les chevaux obèses sont plus à risque de développer le SME parce que les cellules adipeuses réagissent aux signaux endocriniens, plus il y a de cellules adipeuses, plus le cheval à de chance de développer des irrégularités hormonales. (Loving, 2009). En plus, les chevaux avec cette condition ont plus de difficulté à perdre du poids parce que leur système est plus efficace que la norme pour tirer partit la moindre particule énergétique qui y entre (Frank, 2011). Ils font plus avec moins. Tout cela pour dire que ces chevaux tirent un meilleur avantage de tout ce qu’ils ingèrent que la plupart des autres chevaux (Frank, 2011). Ils peuvent donc être en surpoids même s’ils ne sont pas vraiment suralimentés.

Le SME n’est pas une maladie en soi, mais un symptôme clinique associé à certaines maladies. En fait, c’est un ensemble de facteurs de risque qui prédisposent un cheval à certaines maladies (Frank, 2011).



Les saisons

Les saisons peuvent affecter le poids des chevaux. Pourquoi ? Parce que jadis, les chevaux avaient besoin de faire des réserves d’énergie sous forme de gras en prévision de l’hiver. En effet, comme ils n’avaient pas toujours accès à de la nourriture soit en quantité ou en qualité, les chevaux faisaient naturellement des réserves avant l’hiver (Loving, 2009). Heureusement, les chevaux ne manquent plus de nourriture en hiver et reçoivent de meilleurs soins. Malheureusement, leur métabolisme ne s’y est pas encore adapté et agit toujours comme s’ils allaient manquer de nourriture. Les chevaux font donc des réserves de gras qu’ils n’utilisent pas et finissent donc l’hiver tout aussi gras (parfois même, plus gras) qu’au début.

Conséquence de l’obésité

Résistance à l’insuline

La résistance à l’insuline (RI) est probablement une des plus importantes conséquences de l’obésité de nos jours. Certaines évidences démontrent que la RI peut être promu par l’obésité (Loving, 2009). Comme l’obésité peut être reliée à une trop grande consommation de nourriture riche en hydrate de carbone (Loving, 2009),  la RI pourrait donc également être promu par ce type de nutrition, pas seulement à cause de l’obésité (comme certains chevaux a l’entrainement sont en bon état de chair, mais reçoivent une grande quantité de ce type de nourriture).

La RI est un problème en relation avec les tissues corporels : c’est l’insuline qui indique aux tissus de capturer du glucose. Lors d’une RI, ces tissus deviennent moins sensible au signal de l’insuline ce qui résulte en une capacité réduite à capter le glucose sanguin (Loving, 2009). Puisque ces tissus deviennent moins sensibles au signal d’insuline, le corps se met à produire plus d’insuline afin de produire un signal plus fort (Shea Porr and Crandell, 2008). Voilà donc pourquoi les chevaux RI sont testés en mesurant leur niveau d’insuline sanguin : Le niveau de ces chevaux est nettement plus élevé que la moyenne. Il faut tout de même être prudent, le stress peut également faire augmenter l’insuline sanguine. Il sera donc important d’en discuter avec le vétérinaire et d’éviter que le cheval soit stressé lors du prélèvement. Si le cheval a dû être déplacé afin de faire son prélèvement sanguin, il faudra prendre en compte le stress produit par cela en interprétant les résultats.

La fourbure

La fourbure est également une conséquence très importante et répandue de l’obésité. La fourbure a été mise juste derrière la RI puisque cette dernière peut augmenter les risques de fourbure (Shea Porr and Crandell, 2008), tout comme le SME (Loving, 2009). Mais en fait, tout cela en revient à un facteur de risque prédominant : l’obésité. L’obésité est un facteur de risque important pour les deux conditions qui augmentent les risques de fourbure. Le lien direct entre la fourbure et l’obésité est surtout mécanique : le surpoids met plus de stress mécanique sur les pieds en leur faisant porter plus de masse. La conséquence : plus de risque d’hématome, d’inflammation et d’écrasement de structure à l’intérieur du pied (Loving, 2009). L’obésité peut créer un état d’inflammation généralisé dans le corps, ce qui peut également s’étendre jusqu’aux pieds. La fourbure est encore un problème en cours de compréhension, tous ses mécanismes ne sont pas encore complètement compris.

Le terme fourbure désigne généralement une inflammation des lamelles dans la capsule du pied (Loving, 2009). Dans les cas plus lourds, l’inflammation des lamelles peut devenir si importante qu’elle cause un détachement entre les lamelles de la muraille et celle de la phalange. Causant ainsi une rotation de la troisième phalange pouvant être plus ou moins important (Loving, 2009). Dans les cas les plus avancés, la phalange peut aller jusqu’à perforer la sole ce qui est extrêmement douloureux et handicapant pour un cheval, cela peut même mener à l’euthanasie de l’animal. Voilà pourquoi la fourbure doit être prise au sérieux et traitée dès le début des symptômes. La fourbure touche souvent les deux antérieures, parfois une seule (ce qui peut arriver suite à une surcharge du pied opposé lors d’une blessure), plus rarement les quatre membres.

Dès l’apparition des symptômes, il sera important de faire perdre du poids à l’animal afin d’éviter d’ajouter plus de stress sur ses pieds (Loving, 2009). Bien entendu, l’idéal est d’éviter complètement l’obésité et de ne pas attendre une fourbure pour faire perdre du poids à un cheval, mais une fois le problème présent, il est primordial de créer un bon programme de perte de poids (sera discuté plus bas).



* Il est tout de même important de préciser que la fourbure peut être causée par autre chose que l’obésité (rétention placentaire par exemple), bien que ces causes soient moins fréquentes, elles sont tout de même possibles (Loving, 2009).

Trouble orthopédique de développement (TOD)

Les troubles orthopédiques de développement sont un ensemble de problèmes de développement chez le poulain. Selon Cavanagh et Ternan (2014), ces troubles incluent : l’épiphysite, l’ostéochondrose, l’ostéochondrose disséquant (OCD), le syndrome de wobbler et les déformations angulaires des membres.

L’obésité et l’excès de nourriture chez le poulain peuvent avoir des conséquences importantes sur son développement (Loving, 2009). En effet, ce sont des facteurs de risque pour le développement de TOD ou DOD en anglais. L’excès de nourriture peut même augmenter les risques de TOD avant même la naissance du poulain : un excès de nourriture chez la poulinière peut entrainer ce genre de troubles chez le poulain encore en formation (Loving, 2009).

Lorsqu’un poulain est en surpoids ou obèse, ses articulations devront supporter plus de poids et ses os encore en croissance seront soumis à plus de stress qu’un poulain avec un poids idéal. De plus, l’excès de nourriture va donner tellement d’énergie au poulain que ça lui permettra de grandir à un rythme très élevé, plus élevé qu’un poulain recevant une ration plus conservatrice. Ce développement plus rapide du poulain augmente les risques de développer des TOD (Huntington, 2012, Cavanagh and Ternan, 2014). Il est également intéressant de noter que les recherches de Huntington (2012) ont démontré que les poulains obèses sont souvent de moins bons athlètes une fois adultes. À la vue de tous ces faits, il sera donc important d’éviter de céder à la tentation de trop nourrir la poulinière et son poulain. Beaucoup de propriétaires aiment « gâter » leurs animaux, les chouchouter et leur donner tout ce qu’il leur faut, et parfois (souvent) plus que ce qu’il ne leur faut. Voir les côtes sur un poulain en croissance est normal, la plupart des gens pensent que c’est un signe de maigreur, mais ce n’est pas le cas. Un poulain dont on voit légèrement les côtes, qui possèdent une bonne masse musculaire sur le reste de son corps n’est pas maigre.

Une nouvelle théorie vient d’émerger ; elle a trouvé une corrélation intéressante entre le développement de TOD et la sensibilité du cartilage à l’insuline (Huntington, 2012). Cela offre une raison de plus (même s’il y en a déjà assez) d’éviter le plus possible une alimentation haute en hydrate de carbone non structural (HCNS) chez les chevaux, spécialement chez les jeunes en développement, puisque ces aliments créer un pic de glycémie causant un grand relâchement d’insuline dans le sang.


Figure 5 les côtes sont visible sur cette pouliche canadienne, mais sa masse musculaire et son état général sont idéal.

Stress articulaire

Le stress articulaire est une conséquence importante de l’obésité, puisque plus de poids est mis sur l’articulation (Loving, 2009). C’est un simple principe physique : une surface qui porte du poids va distribuer le poids de façon égale sur toute sa surface (si cette dernière est droite et régulière), lorsque plus de poids est appliqué sur cette surface alors que sa taille, elle, n’augmente pas, la pression sur sa surface augmente. Une surface recevant plus de poids recevra donc plus de pression. Selon Loving (2009), la surface lisse et brillante d’une articulation se dégrade lorsqu’elle est irritée par une surcharge. On peut donc en conclure que plus une surface articulaire doit porter de poids, plus elle risque de se dégrader rapidement (Loving, 2009).

Régulation de chaleur